M. Dicker se dirigea vers le placard et en sortit un couteau pointu, tranchant à souhait. Il sélectionna à son incroyable toucher la meilleure pomme de la corbeille à fruit et alla s'installer sur sa chaise. Il aimait sa chaise plus que tout chez lui. Elle lui rapelait sa jeunesse, elle qui était aussi vieille que lui. Il l'avait reçu en héritage à la mort de sa mère. Il était fier de la posséder, cette chaise qui avait traversé les âges, de sa naissance jusqu'au-delà de sa mort sans doute. Il resta ainsi à long moment, songeant à chaque instant de sa vie.
Il sentit soudain une présence, comme alerter par un sixième sens. Il se leva pour aller ouvrir la porte, espérant accueillir chaleureusement des visiteurs, eux qui étaient si rares. Il n'eut pas le temps d'atteindre la porte. Il s'arrêta et se retourna. Il entendit l'appel sourd de sa conscience "Il est trop tard. Elle est là..."
Elle s'avança d'un pas vers lui, puis lui adressa un sourire froid mais qui pourtant se voulait rassurant.
"Bonjour Emile."
La douce voix résonnait en lui comme une douce mélodie. Il restait figée face à elle, si pure, si belle. Il voulut réagir, parler, bouger. Mias il ne put s'y résoudre. Son corps et son esprit ne l'écoutaient plus. Ses pensées s'écrasaient contre un mur imaginaire et infranchissable. Elle occupait tout l'espace. Sa conscience était un véritable dédale d'idées et de pensées qui s'étalaient dans tout l'espace, écrasant toute autre conscience de son esprit fin. Il émanait d'elle une puissante force invisible et sourde qui empêchait d'agir ou de réfléchir tant elle était grande. Sa beauté même suffisait à en rester subjugué. Elle était la raison même, déboussolante par son esprit, délicieuse par sa beauté, étouffante par sa conscience si grande. Il était dans l'incapacité d'agir, sa raison et ses idées prisent dans un solide étau. Il ne savait que faire, que dire, alors il lui adressa enfin la parole.
"Vous êtes donc là, vous exister. On ne ment pas sur vous. Vous êtes la pureté même, celle qui fait perdre à la mort sa raison d'être.
- Puisque vous me connaissez vous savez donc pourquoi je suis ici."
Ces paroles provoquèrent en lui une panique soudaine. La mort ne l'avait jamais effrayé jusqu'à présent. Il avait toujours vu ça comme une vérité inplacable, un voyage tranquille qui lui permettrait de revoir sa bien-aimée. Mais l'idée de se départ le tourmenta. Il ne savait pas où il allait, pourquoi, comment et dans quel but. Que lui arriverait-il ensuite? Il voulut reculer, se retirer mais son corps refusait d'agir. Il obéit donc involontairement à l'ordre sourd que la jeune femme avait prononcée. il s'avança, la suivit.
On toque à la porte. Personne ne répond. On ouvre la porte. Il n'y a personne. On peut juste observer le quart d'une pomme et un couteau sal. On ne bouge plus, on est simplement tourmenté par ce qu'on croit qu'il est arrivé...